Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Italiens des champs…

18 Octobre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Italie & Cie

Une fois débarqués dans les ports de Santos ou de Rio, les immigrants  étaient pris en charge par les services d’immigration et hébergés dans des centres d’accueil tels que l’Hospedaria do Imigrante à São Paulo, ou d’autres à Florianopolis, Porto Alegre ou Curitiba ; de là, une fois le contrat de travail signé avec l’employeur, ils rejoignaient, en bateau, ou même souvent à pied, l’intérieur des terres, où ils allaient travailler soit dans les colonies agricoles, soit dans les grandes fazendas de café

 

Les colonies agricoles du Sud

 

Les premiers Italiens arrivés dans le Rio Grande do Sul, le Paraná et le Santa Catarina trouvèrent les meilleures terres déjà occupées par les Allemands et les Polonais, et se contentèrent donc des terres inoccupées, où ils fondèrent des colonies et se dédièrent à des activités agricoles, comme la culture du blé, du maïs ou de la vigne, qu’ils maîtrisaient bien, le climat, dans les Etats du Sud, étant assez semblable à celui du Nord de l’Italie.

 

Au début, le travail acharné (les Italiens étant, à l’époque, réputés pour ne pas chômer à la tâche) leur permettait à peine de survivre ; souvent, au lieu du champ déjà défriché et des animaux qui leur avaient été promis, ils ne trouvaient qu’une baraque et la forêt vierge, qu’il leur fallait aménager, en expulsant parfois les anciens propriétaires de la terre (Indiens). Ils étaient livrés à eux-mêmes, sans aucune assistance médicale, vivant de quelques petites aides de l’Etat et d’agriculture de subsistance.

 

Le modèle familial restait patriarcal, avec des familles nombreuses qui mettaient à contribution les femmes et les enfants, et une solidarité à toute épreuve. Les Italiens réussirent, par la force du travail et de l’économie, à devenir propriétaires de leur terre : le rêve qui les avait conduits jusqu’ici se réalisait enfin !

 

L’ouverture de voies d’accès, l’aménagement de routes aidèrent les colonies, très isolées, à s’émanciper : certains paysans pouvaient alors aller vendre quelques produits horticoles, ou des produits d’artisanat (chaussures, tissus) dans les petites villes les plus proches, et les aires coloniales se transformèrent peu à peu en véritables centres industriels et commerciaux. Aujourd’hui, Urussanga, Nova Venezia, Caxias do Sul figurent comme d’importants pôles urbains.

 

Les fazendas de café de São Paulo

 

Comme les Allemands privilégièrent les Etats du Sud et les Portugais se dirigèrent à Rio de Janeiro, ce furent les Italiens qui formèrent la plus grosse communauté immigrée de l’Etat de São Paulo. Certains s’en furent dans les quelques colonies de petites propriétés, mais la plupart se dirigeaient vers les fazendas de café.

 

Les conditions stipulées par le contrat de travail paraissaient bonnes : les immigrants recevraient une somme annuelle en argent, en échange de laquelle ils devraient s’occuper d’un certain nombre de pieds de café, tout en ayant le droit de cultiver également du maïs, du manioc et des haricots dans les espaces libres ; ils pourraient acheter tout ce dont ils auraient besoin dans les magasins de la fazenda et vivraient en toute liberté.

 

Une fois arrivés sur place, ils se heurtèrent à des réalités autrement dures :

-          l’habitation : insalubre ; les immigrants se retrouvaient souvent à devoir habiter des masures en bois avec un sol en paille, voire hériter des « senzalas » des esclaves, avec peu d’espace, peu de confort, beaucoup de promiscuité ;

-          l’alimentation : insuffisante, elle s’améliora quand les immigrants commencèrent à cultiver leurs propres potagers et à élever des animaux, diversifiant ainsi l’alimentation à laquelle ils étaient habitués en Italie : polenta, riz, légumes, viande de porc et de volaille faisaient désormais partie de leur quotidien ;

-          les conditions sanitaires : déplorables, sinon catastrophiques ; malária, fièvre jaune et autre maladies tropicales s’abattaient sur les immigrants, dont l’organisme n’était pas immunisé contre ces virus ; les médecins étaient rares et si chers, qu’une consultation pouvait coûter l’équivalent d’un an de travail !

-          les salaires : très bas, ils ne permettaient pas d’économiser ; les patrons d’ailleurs en profitaient, payant moins que promis, distribuant des amendes, laissant le travailleur immigré débiteur et totalement dépendant de la « fazenda » ; et usant d’une mentalité encore esclavagiste, droit de cuissage compris sur les femmes de la colonie...

Ces désillusions donnèrent lieu à des épisodes de rébellion violente, qui restèrent cependant des cas isolés ; des grèves surgirent, mais elles étaient ponctuelles et peu organisées, destinées à résoudre un problème immédiat, et avec une issue généralement négative ; la plupart des immigrants souffraient donc en silence, remâchant leurs espérances déçues, ou quittaient la fazenda sans demander leur reste, pour se diriger vers les centres urbains où d’autres activités s’offriraient à eux.

 

 

 

 

 

.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article