Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

« Os italianos, bem-vindos ao Brasil »

18 Octobre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Italie & Cie

« Os italianos, bem-vindos ao Brasil »

 

On peut relever des traces de la présence italienne au Brésil dès l’époque de la colonisation : missionnaires, aventuriers, soldats, scientifiques avaient rejoint cette terre lointaine, qui pour évangéliser, qui pour s’enrichir, qui pour découvrir…

 

Certains firent fortune dans le Nordeste colonial comme grands propriétaires, tandis que les génois et les Vénitiens commercialisaient une grande partie du sucre produit au Brésil. Mais, à l’exception de quelques artisans, musiciens et professions libérales à Rio de Janeiro, l’immigration italienne n'était encore, au début du XIXème siècle que très discrète.

 

La première moitié du XIXème vit arriver des contingents de réfugiés politiques échappés à la persécution des Etats européens : Lívio Zambeccari, Luigi Rossetti, le célébrissime Giuseppe Garibaldi, et autres révolutionnaires au grand cœur vinrent se mettre à l’abri au Brésil, où ils se consacrèrent à des activités culturelles et journalistiques et participèrent activement aux luttes politiques locales ; mais ils n’étaient pas assez nombreux pour former une véritable communauté, et le recensement de 1872 comptait à peine 6 000 Italiens sur le territoire brésilien…

 

En 1902, il en comptait… 600 000 !!! Spectaculaire augmentation, arrivée en masse… mais pourquoi ?

 

Nous avons déjà pu étudier les facteurs qui ont poussé des centaines de milliers d’Italiens à quitter leur pays ; mais pourquoi le Brésil en a-t-il favorisé l’arrivée ?

 

En vérité, le Brésil était encore, au milieu du XIXème siècle, une terre peu attrayante pour les Européens, et les colonisateurs portugais se méfiaient des étrangers ; ce n’est qu’à partir de l’Indépendance (1822) que le gouvernement impérial commença à se préoccuper de la baisse démographique et à tenter d’attirer des immigrants européens, avec l’idée que ces derniers,  plus avancés technologiquement, aideraient à moderniser l’agriculture et la société brésilienne, et augmenteraient la population, en particulier dans les zones de frontière dangereuses, comme le Sud du pays. Dès 1824, donc, débarquèrent les premiers colons, suisses et allemands principalement, qui s’installèrent dans la région de Rio de Janeiro (Nova Friburgo) et dans l’Etat du Rio Grande do Sul, où l’on peut aujourd’hui admirer des prototypes humains blonds aux yeux bleus et des villages entiers de chalets tyroliens.

 

Mais cet effort était entravé par le manque d’argent, la désorganisation des services d’immigration, et le désintérêt des élites brésiliennes à redistribuer la terre et la richesse. Toutefois, avec l’abolition de l’esclavage en 1888, commença à se poser un sérieux problème de main-d’œuvre pour la production du sucre, du tabac, du maté et surtout, du café. Alors qu’auparavant il suffisait d’acheter un esclave sur le marché, la fin du trafic négrier rendit nécessaire le recours à d’autres travailleurs.

 

Ainsi se mit en place le système du « colonato » : des agents de propagande recrutés par le gouvernement de l’Etat de São Paulo  parcourraient le Nord de l’Italie et d’autres régions européennes, alors en pleine crise, racontant monts et merveilles sur le Brésil, et promettant un enrichissement rapide et de la terre à foison. Le gouvernement payait même le voyage à ceux qui n’en avaient pas les moyens (quand on pense aujourd’hui à tous les immigrés clandestins refoulés aux frontières… autres temps, autres mœurs !).

 

La répartition des ces immigrés fut tout sauf uniforme : les Allemands, Hollandais, Polonais et Suisses s’établirent principalement comme petits propriétaires dans le Sud, tandis que les Français et les Anglais étaient de prospères commerçants et industriels qui profitaient des premières heures du capitalisme brésilien et que les Arabes, Libanais et Arméniens, se dédiaient au commerce. Nombre de réfugiés politiques trouvèrent aussi asile au Brésil : Russes, Baltes, Juifs et Hongrois dans les années 1920, et même des Américains fuyant la Guerre de sécession en 1870.

 

Pourquoi privilégier les Européens ? L’idée était alors répandue que l’Europe représentait la pointe de la Civilisation, des avancées technologiques et intellectuelles ; attirer des Européens, c’était donc phagocyter ces progrès, s’ « européaniser » par le biais des cultures alors importées. Mais c’était aussi, selon l’idéologie raciale de l’époque, « purifier » la race brésilienne en lui injectant une bonne dose de sang « blanc ». Aussi, parmi les immigrants, les Italiens avaient-ils la côte : blancs, latins, catholiques, et travailleurs, ce profil, très proche de la culture de l’élite  brésilienne, facilitait leur intégration, et, grâce à l’image joviale qui les caractérisait, ils souffrirent moins que dans d’autres pays des préjugés xénophobes de la population.

 

 Entre 1867 et 1902, 60% des immigrants débarqués au Brésil étaient Italiens. Un tiers seulement d’entre eux regagna l’Italie. Les autres s’installèrent, et donnèrent vie à des générations d’italo-brésiliens qui, encore aujourd’hui, peuvent bénéficier, grâce à un Accord bilatéral signé entre le Brésil et l’Italie, de la double nationalité[1] et, à leur tour… émigrer en Europe !



[1] La nationalité brésilienne est régie par le « jus soli » (droit du sol) : quiconque naît sur le territoire brésilien bénéficie de la nationalité brésilienne ; à l’inverse, la nationalité italienne est régie par le « jus sanguinis » (droit du sang) : quiconque naît d’un parent italien bénéficie de la nationalité italienne ; les deux sont ainsi juxtaposables.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article