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"Andiamo fare l’America" !

18 Octobre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Italie & Cie

La présence italienne en Amérique ne date pas d’hier : n’oublions pas que Christophe Colomb, le « découvreur » des Amériques, était génois… et que le nom « Amérique » a été donné à ce grand continent en hommage au navigateur florentin Amerigo Vespucci.

 

Peuple de voyageurs, les Italiens ont très tôt quitté leur péninsule pour d’autres horizons : commerçants, artisans et intellectuels peuplaient l’Europe et les bords de la Méditerranée, formant de petites colonies qui s’intégraient parfaitement à leur nouveau pays : on pense aux banquiers lombards qui finançaient les caisses du royaume de France sous la dynastie des Valois, aux rejetons de l’aristocratie, venus faire leurs classes mondaines à Paris, Londres, Vienne, et autres capitales européennes, aux artistes de renom, appelés par de généreux mécènes…

 

A partir de la moitié du XIXème siècle, cette diaspora commença à prendre de bien plus grandes proportions : entre 1870 et 1970, ce sont près de 26 millions d’Italiens qui quittèrent leur pays natal, et environ 7,7 millions d’entre eux n’y rentrèrent jamais. C’est ce que l’on a appelé « la grande émigration », et je vous renvoie pour cela aux deux volumes passionnants de  la Storia dell’emigrazione italiana, sous la direction d’Emilio Franzina, Piero Bevilacqua et Andreina De Clementi : un ouvrage de référence, publié aux éditions Donzelli, et dont je ne crois pas, malheureusement, que la traduction en français soit disponible.

 

Théâtre de grands bouleversements, la société européenne a connu d’importants progrès dans la première moitié du XIXème siècle : la Révolution Industrielle et son corollaire, le développement des transports, le progrès médical et la baisse subséquente de la mortalité… mais aussi, revers de la médaille, augmentation sans précédent de la population, et donc surplus de main-d’œuvre, chômage et pauvreté.

 

En Italie, l’Unification de 1870 et la politique menée par les premiers gouvernements mirent l’accent sur l’industrialisation, au détriment du monde rural : les petits paysans restaient à la merci des grands propriétaires, dont l’appui politique a coûté cher à l’Italie, laissant ainsi prégnant le problème (encore actuel) du « Mezzogiorno » (un Sud grevé de problèmes sociaux, un Nord jouant le rôle de locomotive économique – pour faire bref).

 

Un immigrant italien aurait ainsi répondu au ministre d’Etat qui lui demandait de ne pas quitter l’Italie : « Qu’est-ce que vous entendez par Nation, Monsieur le Ministre ? Est-ce la masse des mécontents ? Nous plantons et coupons le blé, mais ne goûtons jamais au pain blanc. Nous cultivons la vigne, mais nous n’en buvons pas le vin. Nous élevons les animaux, mais nous n’en mangeons pas la viande. Malgré cela, vous nous conseillez de ne pas abandonner notre Patrie. Mais est-ce une patrie que la terre où l’on ne peut vivre de son travail ? »



 

Un désarroi socio-économique qui a poussé nombre d’Italiens à partir sous de meilleurs cieux : dans une première phase, les habitants du Nord (Piémontais et Vénétiens), puis, à partir des années 1920, méridionaux (Calabrais, Siciliens, Napolitains). Cette émigration conservait ainsi un caractère fortement régional, et même micro-local, du fait de la dynamique du « chaînon migratoire » : quelqu’un qui avait réussi invitait femme, frères, père,  oncles, cousins à le rejoindre, et ce sont parfois des villages entiers qui se sont transposés d’un bout à l’autre de l’Océan, reproduisant (presque) à l’identique l’architecture, les usages et les traditions du « paese ».

 

Embarqués dans la troisième classe miteuse des paquebots transatlantiques[1], ces « ritals » partaient avec une valise en carton et des rêves plein la tête refaire leur vie et, pour bon nombre d’entre eux, « faire l’Amérique » (fare l’America)  : car, si des « Little Italies » ont ainsi poussé un peu partout comme des champignons, que ce soit en Europe, au Moyen-Orient, dans les colonies africaines ou en Australie, le « mythe américain », comme synonyme de tous les possibles, avait la préférence des Italiens.




 
Etats-Unis, bien sûr, mais aussi Argentine, Vénézuéla, et… Brésil ! Où les « oriundi » (c’est ainsi que l’on appelle les descendants des immigrés italiens) se sont fondus dans le paysage, au point que Rossi et Martini sont aujourd’hui des noms aussi communs dans l’annuaire que Figueira et Oliveira ! Mais ceci est une longue histoire, et je vous la raconterai plus tard…



[1] Voyages interminables, dans des conditions insalubres, dont Alessandro Baricco a tiré un très beau roman, « Novecento » (Gallimard), adapté au cinéma par Giuseppe Tornatore sous le titre « La légende du pianiste sur l’Océan ».

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