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Lula, ou l'ascenseur social tombé en panne

13 Octobre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Res politica

Luís Inácio Lula da Silva, dit « Lula » (diminutif du prénom brésilien « Luís ») est un homme politique brésilien, leader du Partido dos Trabalhadores, élu président de la République brésilienne en 2002  et réélu en 2006.



Né le 27 octobre 1945 dans l’Etat de Pernambouc (campagne pauvre du Nord-Este), dans une famille nombreuse qui émigre ensuite à São Paulo, Lula quitte l’école à dix ans pour exercer de petits boulots dans la rue (cireur de chaussures, vendeur de cacahuètes) ; à 14 ans, il devient tourneur dans une usine automobile, puis passe ouvrier métallurgiste.

Années 1960 : boom économique, mais bien mal réparti ; les inégalités font rage. Lula se syndicalise, et se radicalise (ses prises de position lui valent d’ailleurs quelques brefs séjours en prison) ; en 1975, il monte en grade et devient président du syndicat de la métallurgie.

A partir de 1980, date de la fondation du Partido dos Trabalhadores, Lula, un des membres fondateurs du PT, se sent pousser des ailes de politicien : il brigue d’abord le poste de gouverneur de l’Etat de São Paulo, avant d’être élu député et d’entrer au Congrès en 1986.

En 1989, le Brésil vit ses premières élections démocratiques. Lula se présente pour la première fois à la présidence de la République, et perd face à Fernando Collor de Mello ; re-belote en 1994, où c’est Fernando Henrique Cardoso qui l’emporte ; en 1998, est-ce la popularité du gouvernement sortant, la relative bonne tenue de l’économie brésilienne ou le discours de Lula, ressenti comme trop radical ? le fait est que Lula est battu dès le premier tour.

Mais ces échecs à répétition sont loin de le décourager, et enfin, le 27 octobre 2002, il est élu président de la République. Premier président de gauche dans l’histoire du Brésil, Lula c’est, pour des millions de Brésiliens, une ère nouvelle qui s’ouvre, pleine d’espoir. Lors de sa prise de fonction, le 1er janvier 2003, il déclare ainsi : « Le changement, voilà notre mot d’ordre. (…) L’espoir a vaincu la peur, notre société a décidé qu’il était temps d’emprunter une nouvelle voie ».

Mais les attentes de la population sont grandes, le chantier des réformes ambitieux (emploi, scolarité, couverture sociale, amélioration du service public de l’éducation et de la santé), et les obstacles nombreux (dette publique et extérieure, corruption, crise économique).

Aussi Lula ne remet-il pas en question la rigueur budgétaire des années précédentes, et accepte-t-il le code de conduite du FMI ; mais dans les rangs du PT, au sein des populations défavorisées des favelas et du Nord-Este, dans les usines, l’impatience gronde, la méfiance s’allume, le mécontentement surgit et les premiers mouvements sociaux se font jour.

Fin 2003 cependant, les objectifs ayant été fixés par le FMI atteints et même dépassés, Lula annonce la fin du plan de rigueur et la création d’un revenu minimum pour tous en 2005. La reprise économique se confirme : augmentation de la production industrielle, baisse du taux de chômage, bonnes prévisions de croissance… la popularité de Lula progresse, pour mieux chuter ensuite, à l’occasion du scandale des mensualités.

2006 : élection présidentielle ; Lula postule pour un deuxième mandat consécutif, et part favori dans les intentions de vote. L’action du gouvernement a été appréciée pour son combat contre la fain et la pauvreté, mais n’a pas brillé par sa lutte contre la violence et la corruption.

Réélu pour un second mandat, Lula met en oeuvre ses promesses électorales (“Sous notre gouvernement, les pauvres seront traités comme des êtres humains”) et annonce un budget de 2,6 milliards d’euros pour améliorer les conditions de vie dans les bidonvilles : collecte d’eaux usées, raccordement à l’eau potable, à l’électricité, goudronnage des voies d’accès publiques... Priorité aux grandes agglomérations urbaines, où les problèmes de logement et de violence sont cruciaux.


Deux plans sociaux d’importance voient également le jour : la création d’un système d’allocations familiales, dit “Bourse Famille”, et la revalorisation du salaire minimum, avec pour conséquence la double baisse du chômage et du taux de pauvreté (passé de 35% en 2003 à 24% en 2008).

Alors que le permier mandat avait été placé sous le signe de la “stabilité budgétaire”, ce deuxième mandat court après la croissance à tout prix, avec le PAC (“Plan d’accélération de Croissance”), lancé en 2006 :  routes, aéroports, centrales thermiques, hydro-électriques et nucléaires... Volontarisme économique ou obsession destructrice ?

Car nombreux sont les secteurs à en pâtir, l’écologie au premier rang, avec le problème soulevé par l’Amazonie et son exploitation ; mais aussi tous les laissés-pour-compte de cette industrialisation frénétique.

Bilan en demi-teinte, donc, pour le président Lula, à mi-chemin de son deuxième mandat... Ses origines modestes, sa progression dans l’ascenseur social, et ses promesses électorale en avaient fait le chantre des espoirs brésiliens ; mais les scandales de corruption qui ont entaché son gouvernement, et la maigre concrétisation des programmes de réforme ont profondément déçu son électorat… Symbole de renouveau, d’une autre politique possible, Lula laisse derrière lui un terrain bien vague où règne le désenchantement.

 

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