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Travailleurs, travailleuses !

13 Octobre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Res politica

Le Partido dos Trabalhadores (Parti des Travailleurs, ou PT) est un des partis politiques les plus actifs de la gauche brésilienne, représenté actuellement par le Président de la République, Luís Inacio Lula da Silva.

Fondé le 10 février 1980 au Collège de Sion à São Paulo, par un groupe hétérogène composé de dirigeants syndicaux, d’intellectuels de gauche, d’étudiants et de catholiques, fruit d’un rapprochement des mouvements syndicaux, le PT est né de la nécessité de créer un nouveau parti, libre, indépendant des tutelles étatiques, et socialiste. Ce n’est que le 11 février 1982, deux après, qu’il a été officiellement reconnu comme parti politique par le Tribunal Superior de Justiça Eleitoral.

Fin de la décennie 1970 : le régime militaire contrôle les syndicats, les partis communistes traditionnels et les groupes armés de gauche, créant le vide politique autour de lui. C’est dans ce contexte, aggravé par des grèves dures dans la région de São Paulo, que surgit le PT, organisation syndicale d’ouvriers paulistains se réclamant du socialisme, mais rejetant les idéologies en faveur de l’action syndicale ; interrogé par son adversaire Fernando Collor sur la filiation idéologique du PT, Lula aurait ainsi répondu dans un débat télévisé en 1989 que le PT “n’a jamais déclaré être un parti marxiste”.

Ce qui ne l’empêche pas de maintenir pendant les années 1980 des relations amicales avec les partis communistes qui alors gouvernent l’Union Soviétique, la RDA, la République Populaire de Chine et le régime castriste à Cuba, et, aujourd’hui, avec le gouvernement de Hugo Chávez au Vénézuela.

Les racines idéologiques du PT seraient plutôt, aux dires de certains, à rechercher du côté de Lénine et de Gramsci : l’un pour sa doctrine économique, et la discipline de parti, l’autre pour son interprétation de la lutte politique comme lutte pour l’hégémonie idéologique. Adhésion à l’économie de marché et abandon de la lutte révolutionnaire en sont donc les composantes.

Le PT se veut avant tout un parti de masse  : il est appelé “le parti de tous les jours de l’année”, démontrant ainsi sa volonté de prendre à bras-le-corps l’ensemble des problèmes qui affectent la vie brésilienne au quotidien ; et un parti démocratique, où la base, par son vote, a autant d’importance que les dirigeants, se réclamant ainsi du socialisme participatif et de son origine syndicale.

Mais, à mesure que le PT a creusé son trou dans le paysage institutionnel de la politique brésilienne, abandonnant ses postures symboliques de rejet et son caractère de “front” de gauche, il s’est transformé peu à peu en une puissante structure bureaucratique permanente qui l’a rendu apte à participer aux débats électoraux, mais a provoqué également en contre-partie le désistement de nombreux militants, déçus par l’adoption de positions de plus en plus conservatrices, et par la dépendance progressive de financements externes.

Les scandales de corruption sont donc légion. Pourtant, à son arrivée au pouvoir en 2002, avec l’élection de Luís Inácio Lula da Silva à la fonction présidentielle, le PT s’inscrivait dans un certain basculement à gauche qui emportait une grande partie du continent sud-américain, notamment en Argentine, au Chili et au Vénézuéla, avec la volonté affirmée d’opérer une rupture décisive avec des décennies de régression sociale et politique, et de pratiques concussionnaires sur un continent où la corruption était devenue un sport national.

 

Mais moins de deux moins après son arrivée au pouvoir, le PT s’est retrouvé épinglé dans le “scandale des mensualités” (“mensalão” en portugais, variante de “mensualité”, fait référence ici à l’accusation de pots-de-vin portée contre certains députés du PT qui auraient touché des compensations pécunières en échange de leur vote en faveur des projets de loi du pouvoir exécutif).

 

En février 2005, le PT, en chute libre dans les sondages, perd la présidence du Parlement et subit son premier échec politique, qui ne l’empêche pas de remporter pour la deuxième fois les élections présidentielles de 2006.

 

Le bilan aujourd’hui est des plus contrastés, et indissociable de la personnalité du président Lula ; j’approfondirai donc la question dans le billet suivant.

 

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