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« Au pays des aveugles, les borgnes sont rois » et la vie perd son sens - 3

15 Septembre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #On tourne !

Ensaio sobre a cegueira a été adapté au cinéma en 2008 sous le titre « Blindness » : une co-production japano-canado-brésilienne, sous la direction du réalisateur brésilien Fernando Meirelles, qui fut projetée en ouverture du festival de Cannes, non sans controverses…

 

Heureux hasard, alors que je venais de finir le livre de Saramago, le film est sorti cette semaine ici au Brésil, je suis allée le voir samedi soir, et je vous le présente en avant-première.

Bruits de coulisses : tandis que José Saramago se refusait à céder les droits de son livre, de peur qu’il ne tombe entre n’importe quelles mains, Don McKellar, scénariste et également acteur dans le film, à force de persévérance et de conviction, a eu raison de la décision initiale de l’auteur ; à une seule condition cependant : que l'action du film se situe dans un pays non identifiable.

Les contours géographiques de la ville sont donc volontairement effacés, et personnages blancs, noirs, beurs, asiatiques, jeunes et moins jeunes, riches et pauvres, bons et mauvais se retrouvent dans cette nouvelle arche de Noé, pour peindre une humanité universelle, confrontée au même mal : la cécité.

Anonymat, donc, mais pas tant que ça : sous le couvert de la cécité, ce sont des problèmes d’une criante actualité qui percent et transpercent, et la mise en quarantaine des personnes infectées dans un hôpital délabré n’est pas sans rappeler les foyers sociaux et les camps de réfugiés, et interroger les notions jumelles de moralité/immoralité ; mais cette saine piqûre polémique est malheureusement parfois aseptisée par un esthétisme léché.

Les jeux de lumières et la photographie sont en effet extrêmement sophistiqués, parfois même un peu insistants, pour rendre l’idée de la « mer de lait » qui inonde la vue des personnages ; le rythme est lent et puissant, à l’instar du livre, qui est suivi presque à la lettre ; on a reproché à Fernando Meirelles de surjouer les effets de contraste dans un manichéisme simpliste ; certes, quelques scènes sont d’une théâtralité exagérée, mais dans l’ensemble, ça prend.

Grâce en particulier à une distribution de qualité : si Mark Ruffalo, le gentil ophtalmo, se révèle finalement peu convaincant, Julianne Moore, dans le rôle de sa femme, la seule à conserver ses facultés visuelles, explose l’écran : sa pâle blondeur capte à merveille la lumière, et fait d’elle un ange d’héroïsme et de fragilité dans les décombres glauques de cette apocalypse imaginaire.













Mention spéciale à un (toujours aussi) génial Gael Garcia Bernal, machiavélique « Roi de l’aile n°3 ».

Défi donc à mon avis relevé que celui de Fernando Meirelles, qui se confronte, après « La cité de Dieu » et « La constance du jardinier », à un exercice difficile : comment restituer au cinéma, art visuel par excellence, les problématiques inhérentes à la cécité, et l’intensité de l’écriture de Saramago ?

Réponse dans les salles (françaises) le 8 octobre.

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Sof 03/10/2008 22:04

et alors ! plus de 15 jours sans nouvelles !
on commence à trouver le temps long !
fais nous partager tes découvertes, nous attendons tous les jours avec impatience un nouvel article.
pleins de bises