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« Au pays des aveugles, les borgnes sont rois » et la vie perd son sens - 2

15 Septembre 2008 , Rédigé par Passerelle Publié dans #Au fil des pages...

Ensaio sobre a cegueira, traduit en plusieurs langues (en français, L'Aveuglement, Seuil, 1997), est le roman qui valut à José Saramago le Prix Nobel de Littérature en 1998.














Ce roman raconte l’émergence d’une plaie inédite, inexplicable et incurable : un aveuglement soudain qui s’abat sur une ville non identifiée. Cet « aveuglement blanc » (ainsi défini par les personnes infectées, qui ne perçoivent dans leurs yeux rien d’autre qu’une surface laiteuse) se manifeste au début chez un homme arrêté au feu rouge, et, peu à peu, se répand dans le pays tout entier. Une véritable épidémie. Les aveugles, mis en quarantaine dans un hôpital désaffecté et délabré, dans des conditions inhumaines, sont réduits à l’expression de leurs instincts primaires. Une seule femme conserve, inexplicablement, la vue et c’est à travers son regard que l’on suit l’évolution de ces aveugles dans leur « camp de concentration », entre violence et domination.

Comme La Peste d’Albert Camus, Ensaio sobre a cegueira montre l’écroulement complet de la société et de ce qui constitue la Civilisation avec un grand « C ». Récit de mesquineries et de bassesses, mais aussi de la lutte menée pour conserver la dignité humaine, pour survivre, physiquement et moralement.

Réflexion sur la vie et l’humanité, ce roman se déploie avec lenteur, dans une progression à tâtons, semblable à celle d’un aveugle : chaque phrase complète la précédente pour être approfondie ensuite par la suivante, déroulement de la pensée en puissance croissante. Ecriture d’un fort pouvoir évocateur, qui met en valeur les sensations et les odeurs, tout ce que, les sens aux abois, l’on perçoit à défaut de voir.

« Se antes de cada acto nosso nos puséssemos a prever todas as consequências dele, a penser nelas a sério, primeiro as imediatas, depois as prováveis, depois as possíveis, depois as imagináveis, não chegariamos sequer a movernos de onde o primeriro pensamento nos tivesse feito parar »

« Si, avant chacun de nos actes, nous nous mettions à en prévoir toutes les conséquences, à les considérer sérieusement, d’abord les conséquences immédiates, puis les conséquences probables, puis les conséquences possibles, puis les conséquences imaginables, nous ne parviendrions pas à nous mouvoir de l’endroit où la première pensée nous aurait arrêtés. » (José Saramago, Ensaio sobre a cegueira)

Belle leçon de courage, et d'humilité...

 

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