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Jeudi 3 juin 2010 4 03 /06 /Juin /2010 16:50

On vient de me signaler un blog qui propose en ligne des visites et activités spécialement dédiées aux Français en voyage à Buenos Aires :

 

http://buenosaires4u.over-blog.fr/

 

un site utile pour préparer son périple, et découvrir également, via la communautés de blogueurs, d'autres témoignages d'infatigables baroudeurs, de porteños d'adoption, de gauchos aficionados, bref, de voyageurs envoûtés par l'Argentine et ses vastes horizons...

 

Bonne lecture !

Par Passerelle
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Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 20:05

Encore sous le vertige du tourbillon de sensations ressenties à Ischigualasto et Talampaya, où l’homme se sent comme un intrus dans ces déserts de pierres et de rocs balayés par les vents et brûlés par le soleil, me voici de nouveau dans un cadre urbain, un peu étourdie par le mouvement des bus, la pollution, et tous ces gens qui courent, se bousculent, s’invectivent ou s’embrassent, avec un accent très particulier, le mélodieux "acento cordobés"…

 

Heureusement, à Córdoba, il y a aussi de jolies places et placettes où s’asseoir tranquillement sur un banc pour manger une empanada et regarder les passants défiler, les oiseaux picorer et la brise agiter les feuilles des arbres…

 

Cordoba - Plaza San Martin

 

Car Córdoba, deuxième ville d’Argentine après Buenos Aires, semble réaliser un agréable et intéressant compromis entre l’effervescence (économique, culturelle, touristique..) d’une capitale et la qualité de vie de la province.

 

Fondée par le sévillan Jerónimo Luis de Cabrera le 6 juillet 1573, elle n’était à l’origine qu’un village de colons espagnols qui servait à se déplacer et à communiquer librement avec les autres provinces, à l’abri des attaques indigènes. Devenue peu à peu une véritable plaque tournante du commerce avec les régions voisine de Mendoza, San Luis, Santiago del Estero et Tucuman, et avec les pays voisins (Chili et Bolivie), la ville gagna même le statut de capitale provisoire à deux reprises, en 1806 (comme capitale du Vice-Royaume du Río de la Plata) et en 1955, au moment de la “Revolución Libertadora”. Et en 2006, Córdoba a été dotée du titre de “capitale culturelle de l’Amérique Latine” : entre les ruines d’églises jésuites, d’excellents musées d’art, des marchés d’artisans-créateurs, un cinéma indépendant dynamique et une multitude de bars plus ou moins alternatifs où s’expriment les jeunes talents de la musique électro, la culture y est en effet à l’honneur ! Petite revue des principales attractions en la matière :

 

Dans le centre-ville se dressent les principaux édifices coloniaux et monuments historiques :

 

-         L’Iglesia Catedral : coiffée de son dôme roman, et somptueusement décorée par le peintre cordobés Emilio Caraffa, elle domine la Plaza San Martín, au coeur de la ville ; il a fallu deux siècle pour en achever, sous la direction d’architectes jésuites et franciscains, la construction commencée en 1577.

 

Cordoba - Catedral 1

 

Cordoba - Catedral 2

 

-         Le Cabildo (hôtel de ville colonial) : un petit havre de paix à deux pas de la très animée Plaza San Martín, où il fait bon prendre le frais dans l’une de ses trois petites cours intérieures plantées d’oliviers et de géraniums, ou sous ses arcades d’un blanc éblouissant. Le Cabildo accueille, outre quelques bureaux de la municipalité, un café-restaurant doté d’une agréable terrasse ainsi que des expositions temporaires.

  

 Cordoba - Cabildo 1

 

Cordoba - Cabildo 4

 

-         Le Museo Histórico Provincial Marqués de Sobremonte[1] : installé dans une élégante demeure du XVIIIè siècle, jadis propriété de Rafael Nuñez (gouverneur colonial de Córdoba puis vice-roi du Río de la Plata), ce musée illustre, à travers 26 pièces, 7 cours intérieures, et au moyen de petits textes à la fois pédagogiques et évocateurs, la vie d’une famille cordobesa au temps du Vice-Royaume.

 

Cordoba - Museo Colonial 1

 

-         La Manzana Jesuítica[2] : “manzana”, en espagnol, signifie “pomme”, mais peut aussi désigner un “pâté de maison” et, par extension, un "quartier" ; la Manzana Jesuítica de Córdoba est également connue sous le nom de “Manzana de las Luzes” (“Quartier des Lumières”), en référence à l’ordre puissant et savant des Jésuites. Inscrite en 2000 au Patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO, elle offre à la vue des amateurs de trésors baroques l’Iglesia de la Compañía de Jesús[3], construite au XVIIè siècle avec un toit de cèdre renversé arrivé directement, à dos de mule, et intact (!) de la province de Misiones (au Nord de l’Argentine, à la frontière avec le Brésil et le Paraguay) ; le retable baroque a suivi le même trajet, dessiné et sculpté dans les missions jésuites de Misiones et acheminé en morceaux jusqu’à Córdoba : et il entre au centimètre près dans l’espace qui lui est réservé !

 

 

Cordoba - Iglesia de la Compañia de Jesus 3

 

À côté, l’Universidad Nacional de Córdoba, la plus ancienne du pays (le Seminario Convictorio de San Javier, fondé par Fray Fernando de Trejo y Sanabria en 1613, fut élevé au statut d’université en 1622) : l’on peut en visiter la salle où, au tours d’une cérémonie des plus solennelles, les aspirants présentaient leur thèse et recevaient (ou non, pour les plus infortunés) le titre de docteur en théologie, ainsi que la richissime bibiliothèque et ses ouvrages pluri-séculaires, dont une gigantesque et fascinante Bible en treize langues ; jouxtant l’université, le Colegio Nacional de Montserrat[4], où des étudiants en uniforme peuplent les salles datant du XVIIè siècle : je retrouve dans ce complexe un peu de l’atmosphère estudiantine de l’Università Alma Mater de Bologne, ce mélange vivant et harmonieux d’hier et d’aujourd’hui...

  

Cordoba - Universidad Nacional 3

 

-         Le Museo de la Memoria[5] : installé dans un ancien centre clandestin de détention et de torture des opposants politiques pendant le régime de la dictature militaire, ce musée témoigne, avec sobriété et émotion, des horreurs commises par une division spéciale de l’armée dans ces lieux sinistres :

 

Cordoba - Museo de la Memoria 4

 

des récits de victimes, des graffitis laissés par les prisonniers sont inscrits sur les murs,

 

Cordoba - Museo de la Memoria 5

 

des photos de “desaparecidos” (“disparus”) étalées sur les parois, dans les rues, comme “marcas para recordar” (“traces pour ne pas oublier”) :

 

Cordoba - Museo de la Memoria 3

 

Cordoba - Marcas para recordar 1

 

dans l’une des salles, les familles des disparus ont laissé des objets (une guitare, une paire de gants, un blouson…) qui leur appartenaient et leur tenaient à coeur,

 

Cordoba - Museo de la Memoria 7

 

avec leur histoire : celle de jeunes gens normaux, militant pour un monde différent, ou seulement professant des idées jugées “subversives” par les autorités… dans une autre salle, les portraits d’officiers de police ou militaires responsables de crimes durant la dictature, et, pour certains, encore en liberté :

 

Cordoba - Museo de la Memoria 9

 

la démocratie est encore récente, et la justice lente en Argentine, comme me l’explique le monsieur qui surveille l’entrée du musée et répond aux questions des visiteurs : je reste une bonne heure à l’écouter parler, et je ne peux m’empêcher d’être émue quand il me confie, lui qui a été détenu et torturé dans ces mêmes lieux : “me cuesta venir aquí todos los días, pero lo hago, para que no se pierda la memoria” (“il m’est difficile de venir ici tous les jours, mais je le fais, pour que l’on ne perde pas la mémoire”) ; et ces paroles, pleines de courage et de sagesse, résonnent encore dans ma tête et dans mon coeur bouleversé par cette rencontre avec un trouble et sombre passé…

 

Le quartier de Nueva Córdoba était autrefois celui de l’élite cordobesa, et certaines vieilles demeures aristocratiques de l’Avenida Irigoyen portent encore les traces de cette “belle époque” ; aujourd’hui, c’est devenu le fief des étudiants, qui y font la tournée des bars, enchaînant les verres de Fernet-Branca (la boisson locale, souvent dilué au Coca-Cola) sur fond de tango-électro. En allant vers le centre, on croise :

 

-         La Parroquia Sagrado Corazón de Jesús de los Capuchinos[6], édifice néo-gothique construit entre 1928 et 1934, sans clocher (prétendûment pour symboliser l’imperfection humaine), mais décorée sur la façade de nombreuses sculptures, dont des atlantes : on dit qu’il supportent courageusement le poids spirituel pesant sur les personnages religieux qui les surplombent.

 

Cordoba - Parroquia Sagrado Corazon de Jesus de los Capuchi

 

Cordoba - Parroquia Sagrado Corazon de Jesus de lo-copie-2

 

-         Le Paseo del Buen Pastor[7] : une édifice multiple construit en 1901 pour servir, à l’origine, de chapelle, monastère et prison pour femmes, et  ré-inauguré en 2007 comme centre culturel/salle de spectacle : il accueille ainsi les oeuvres des jeunes générations d’artistes cordobeses, des concerts dans la chapelle désaffectée, et des cafés-bars branchés sur son esplanade où dansent les jets d’eau d’une fontaine capricieuse.

 

Cordoba - Paseo del Buen Pastor

 

-         Tango Hostel[8] : une excellente auberge de jeunesse, rachetée il y a peu par Marta, une dynamique et chaleureuse colombienne, qui emplit la demeure de son rire et de ses chants, prépare des jus de fruits frais et de bons petits plats pour les backpackers lassés des sandwichs sur le pouce, et organise chaque vendredi avec son mari originaire de la régions de “Las Pampas” (à l’est de l’Argentine) un asado dans la pure tradition pampeana :

 

Cordoba - Asado de Tango Hostel 2

 

 

 

Cordoba - Asado de Tango Hostel 3

 

viande savoureuse et cuite à point, salades variées et abondantes, et surtout, ambiance déchaînée garanties !!

 

Une façon conviviale de terminer mon voyage à l’Ouest de l’Argentine…

 

 

 

 

 


[1] Museo Histórico Provincial Marqués de Sobremonte : Rosario de Santa Fe 218, Córdoba ; horaires d’ouverture : du lundi au vendredi, de 8h30 à 14h ; Tel : [+54] 0351 433 1661 ; e-mail : direcciondepatrimoniocultural@cba.gov.ar ; http://www.cba.gov.ar/vercanal.jsp?idCanal=35578

[2] Universidad Nacional de Córdoba : Obispo Trejo 242, Córdoba ; http://www.unc.edu.ar/institucional/patrimoniodelahumanidad/manzana

[3] Iglesia de la Compañía de Jesús, Obispo Trejo y Caseros, Córdoba ;

[4] Colegio Nacional de Montserrat : Obispo Trejo y Sanabria 294, Córdoba ; Tel : [+54] 0351-4332079 ; http://www.cnm.unc.edu.ar/

[5] Museo de la Memoria : San Jerónimo s/n, Córdoba

[6] Parroquia Sagrado Corazón de Jesús de los Capuchinos : Buenos Aires y Obispo Oro, Córdoba ;

[7] Paseo del Buen Pastor : Avenida Hipólito Irigoyen 325 ; Córdoba ;

[8] Tango Hostel : Fructuoso Rivera 70, 5000 Córdoba ; Tel : [+54] (0)351 425 6023 ; http://www.latitudsurtrek.com.ar/

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Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /Mai /2010 06:04

À une heure environ du parc Ischigualasto se dresse, dans la province voisine de La Rioja, le magnifique Parque Nacional de Talampaya[1], dont l’intérêt principal est le “Cañon de Talampaya[2].

 

Le circuit, également obligatoirement parcouru en compagnie d’un guide, comprend 5 étapes au long des 4 km du célèbre canyon :

 

1)      “El Playón”: au pied d’une grande falaise de 150 mètres de hauteur, l’on se sent tout petit face à ce géant de roche rouge qui nous domine sous un soleil de plomb ;

 

 Parque Talampaya - El Playon 1

 

Parque Talampaya - El Playon 4

 

parfois, un condor vient se nicher dans les hauteurs, comme un gardien sans âge des trésors laissés par l’homme il y a quelques milliers d’années... Ce site est en effet connu pour ses Pétroglyphes, des inscriptions rupestres gravées dans la pierre et conservées jusqu’à aujourd’hui, qui nous en disent long sur la vie de nos ancêtres (on y voit en effet dessinés des caravanes de lamas, des silhouettes humaines, des oiseaux) ;

 

Parque Talampaya - Petroglifos 2

 

on y a découvert également des “morteros” (“mortiers”),  des trous creusés dans la pierre qui servaient à moudre le grain pour en tirer de la farine ;

 

Parque Talampaya - Morteros 1

 

les restes humains découverts à proximité étaient exceptionnellement bien préservés (grâce au climat extrêmement sec de la région) mais, étonnamment, avaient les dents toutes abîmées, décomposées : on pense que la roche, très friable, dans laquelle étaient creusés ces mortiers, devaient se mêler aux grains et que les individus dont on a retrouvé les corps devaient ainsi manger de la pierre qui broyait leurs dents…

 

2) “El Jardín Botánico” : on pourrait croire que les différentes espèces végétales (algarrobos, jarillas, retamos, chaguar, chañares, breas, zampas, chilca, cortadera, muérdago…) présentes dans ce petit parc ont éte plantées là artificiellement ; eh bien non, elles sont là depuis toujours, et l’homme n’a fait qu’aménager le terrain pour les présenter aux visiteurs ;

 

Parque Talampaya - Algarrobo 2

 

3)      “La Chimenea del Eco” (“La Cheminée de l’Écho”): un trou concave naturel dans la roche formant comme une longue cheminée au coeur de la falaise, et produisant un écho spectaculaire : un son lancé à cet endroit se répercute jusqu’à quatre fois (!!), rebondissant contre les parois du grand "Cañon" ;

 

Parque Talampaya - El Cañon 3

 

 

4) “La Catedral” : sculptée par l’érosion, cette “cathédrale” rappelle étrangement la Sagrada Familia de Barcelone… pas très loin, on repère, avec un peu d’imagination, “El Falcón”, ("Le Faucon") majestueusement dressé, et les Rois Mages assis sur un dromadaire.

 

Parque Talampaya - La Catedral 2

 

Parque Talampaya - El Falcon 2

 

Parque Talampaya - Los Reyes magos

  

5)      “El Monje” (“Le Moine”) :

 

Parque Talampaya - El Monje

 

ce digne représentant de l’Église se dresse à côté de ce que les habitants de la région voient, avec un brin d’humour, comme une bouteille de vin : un moine paillard venu se recueillir en hermite dans le désert ? à chacun de laisser vagabonder son imagination… en face, “ La Tortuga” trône pesamment.

 

Parque Talampaya - La Tortuga

 

Là aussi, très différents de ceux d’Ischigualasto, mais tout aussi impressionnants, les paysages dégagent une atmosphère grandiose, la sensation d’être tout petit face à une nature puissante et majestueuse, solide à l'image de ces rocs se dressant depuis des millions d’années, et paraissant indestructibles malgré les fissures qui les traversent comme d’élégantes zébrures naturelles. Le rouge de la roche, le sable blond, le soleil dardant de ses rayons un ciel enflammé et les zones d’ombres projetées sur le sol par ces énigmatiques personnages créent un univers où, au milieu de cette beauté de pierre immobile, un dromadaire se met en route vers Bethléem, un faucon s’élève vers les cieux, un moine s’enivre de solitude, avec une tortue pour seule compagnie… Mirages ?

 

Parque Talampaya - El Playon 6

 

 


[1] http://www.talampaya.gov.ar/

[2] http://www.talampaya.com/

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Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /Mai /2010 05:13

Il fait à peine jour et la rosée couvre encore les vitres du mini-bus qui nous mène de San Agustín de Valle Fértil au Parque Provincial Ischigualasto, à une petite heure de route, toujours dans la province de San Juan ; le soleil se lève peu à peu sur la pampa, disque doré se détachant sur un doux fond rose et l’ombre de la sierra… sur le chemin, un troupeau de chèvres paisse tranquillement en bord de route, des ânes et des chevaux en liberté traversent nonchalemment la chaussée, obligeant le chauffeur à freiner parfois brusquement pour épargner ces insouciants promeneurs ; ici et là, des maisons en pisé, avec des enclos pour la volaille et les ânes, seule richesse au milieu d’un total dénuement.

 

Provincia de San Juan 4

 

Provincia de San Juan 5

 

Nous arrivons au parc Ischigualasto[1], un site préhistorique déclaré “Patrimoine de l´Humanité” par l’UNESCO en 2000, avec le site voisin de Talampaya : ces parcs sont en effet le seul endroit de la planète où se trouve représentée la séquence complète de sédiments continentaux de la période Triasique de l’Ère Mézozoïque.

  

Parque Ischigualasto 1

 

L’Ère Mézozoïque, qui commença il y a 225 à 250 millions d’années, fut caractérisée par l’expansion des reptiles, et en particulier des dinosaures, qui disparurent à la fin de cette ère. Ischigualasto représente la première des périodes qui composent cette ère géologique, la période appelée Triasique, qui dura entre 45 et 50 millions d’années[2] : on y a en effet découvert de nombreux restes d’animaux et de plantes qui peuplaient la terre à cette époque, ainsi qu’une grande quantité et varieté de fossiles, parmi lesquels l’Eoraptor Lunensis, considéré comme le dinosaure le plus primitif du monde : ces fossiles sont exposés au Museo de Ciencias Naturales, accompagnés d’explications claires et pédagogiques sur la reconstitution des maquettes et sur l’environnement biologique et géologique.

 

Après la période triasique, la zone fut recouverte lentement par d’autres couches de roches, jusqu’à ce que, il y a environ 65 millions d’années, un choc de plaques produise une forte pression provoquant, entre autres, la naissance de la Cordillère des Andes. La même pression se répercuta à l’intérieur du continent et poussa les sédiments qui couvraient la zone d’Iscchigualasto-Talampaya contre les Sierras Pampeanas, laissant à découvert une séquence complète de sédiments continentaux de la période triasique.

 

Parque Ischigualasto 6

 

La région est caractérisée par un climat chaud (35°C en moyenne en été et 20°C en hiver), avec une forte amplitude thermique (diurne et saisonnière), et très peu de précipitations (150 à 170 mm en moyenne par an), sauf au moment de la saison des pluies, en été, où, en présence de pluies très abondantes et très violentes, le niveau de l’eau peut s’élever jusqu’à 2 mètres de hauteur, formant de véritables fleuves ; mais ce phénomène est aussi bref qu’intense, et au bout de quelques tours la sécheresse revient pour toute l’année.

 

La faune et la flore qui peuplent ce désert sont particulièrement adaptées à ce climat : on y rencontre ainsi des guanacos (une sorte de petits lamas), des zorros (“renards”),

 

Parque Ischigualasto - Zorro

 

des pumas, des liebres patagónicas (“lièvres patagons”),

 

Parque Talampaya - Liebre patagonica

 

de petits rongeurs, ainsi que des oiseaux comme le cóndor, le ñandú, la chuña,

 

Parque Talampaya - Chuña de las patas negras

 

et des reptiles comme la víbora (“vipère”), la culebra (“couleuvre”) et une grande varietés de lagartos (“lézards”) – entre autres. La végétation est composée de différents types de chardons et de cactus ;

 

Parque Ischigualasto 9

 

l’arbre caractéristique de la région est l’algarrobo, dont les populations locales recueillent les fruits pour en tirer un jus aux propriétés curatives.

 

Parque Talampaya - Algarrobo 1

 

Le parc Ischigualasto est reconnu pour sa valeur scientifique, mais également pour ses paysages impressionnants, ses roches aux formes capricieuses, résultat de l’érosion du vent et de la pluie à travers le temps, qui attirent chaque année plus de 70 000 visiteurs. Le circuit touristique, que l’on ne peut parcourir qu’accompagné par un guide, s’étend sur 42 km, scandés par 5 étapes, dont le nom est censé désigner la forme évoquée par la roche (mais chacun est libre d’y voir autre chose selon sa propre imagination…) :

 

1)      “El Gusano” (“Le Ver de terre”) : formé de deux couches géologiques, dont la première indique, d’après des études au carbone 14, que l’endroit devait être auparavant un lieu humide (marais ou lac) ;

 

Parque Ischigualasto - El Gusano 1

 

2)      “El Valle Pintado” (“La Vallée Colorée”), également appelé “Valle de la Luna” (“Vallée de la Lune”), qui rappelle justement les paysages lunaires par ses vallons aux stratifications minérales de diferentes couleurs ;

 

Parque Ischigualasto - Valle Pintado 7

 

3)      “La Cancha de Bochas” (“Le Terrain de boules”) : ces boules de pierres, formées naturellement par un phénomène géologique (que, sincèrement, je serais incapable de vous réexpliquer), sont présentes dans le parc entier, mais elles ont été regroupées articiellement dans cette enceinte pour des raisons de conservation et préservation (nombre d’entre elles avaient en effet disparu), formant ainsi un étrange terrain de pétanque ;

 

Parque Ischigualasto - Cancha de bochas 2

 

4)      “El Submarino” (“Le Sous-marin”) ;

 

Parque Ischigualasto - El Submarino 1

 

5)      “El Hongo” (“Le Champignon”) : résultat évident de l’érosion du vent.

 

Parque Ischigualasto - El Hongo 1

 

Au loin, une falaise large de plusieurs kilomètres présente de larges stries verticales, résultat, cette fois, de l’érosion des pluies. La roche prend à cet endroit des teintes différentes : rouge, blanc, gris, ocre, vert-de-gris s’alternent et se superposent, créant ce qui a été baptisé “Barrancas coloradas” (“Canyons colorés”).

 

Parque Ischigualasto - Barrancas coloradas 2

 

Parque Ischigualasto - Cerro Morado

 

Le paysage de ce vaste désert est en effet impressionnant, et avec ses formations géologiques étranges, sa composition minérale, sa végétation presque inexistante, on se croirait vraiment débarqué sur la lune… le parc organise d’ailleurs des excursions nocturnes lors des nuits de pleine lune : s’il doit être difficile alors de percevoir les différentes et fascinantes nuances chromatiques de la roche, la lumière métallique de la pleine lune doit certainement créer une atmosphère très particulière, un brin surnaturelle…

 

 

Parque Ischigualasto 7

 


 


[1] http://www.ischigualasto.org/

[2] Les deux autres périodes de l`Ère Mézozoïque sont, dans l’ordre chronologique, le Jurassique et le Crétacique.

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Samedi 29 mai 2010 6 29 /05 /Mai /2010 17:45

Cette nuit-là, en arrivant de Santiago du Chili, je n’ai fait qu'une brève halte à Mendoza, pour pouvoir prendre, tôt le lendemain, le bus menant à San Juan ; et j’ai été récompensée de cet horaire matinal par un lever de soleil au-dessus des vignobles dans la brume de l’automne, aux environs de Mendoza…

 

Sol naciente en la pampa

 

Le paysage devient plus aride à mesure que l’on approche de  San Juan : de la pampa, la Précordillère, quelques maisons ici et là…

 

Provincia de San Juan 3

 

La ville de San Juan n’a vraiment rien d’exceptionnel : une agréable allée piétonne, quelques cafés en terrasse, une place centrale plantée d’arbres, une cathédrale moderne, et un campanile au sommet duquel l’on peut monter pour voir le panorama (plutôt décevant en vérité).

 

San Juan - Plazoleta y cafés

 

San Juan - Catedral 1

 

San Juan - Campanil

 

San Juan - Vista desde el campanil

 

Par contre, les Sanjuaninos sont autrement plus accueillants et chaleureux que leurs compatriotes Porteños : ici, on vous sourit, on fait un brin de causette, on vous sert généreusement, on s’inquiète de votre sort à vous voir chargé avec un gros sac à dos, on vous offre des bonbons “pour la route”…

 

Bref, sans éclat mais tranquille, San Juan doit être agréable à vivre. Je n’y reste donc que quelques heures, le temps de faire le tour de ses principales curiosités et d’organiser la suite du voyage : direction San Agustín de Valle Fértil, à 4h de route, un “pueblito” (“petit village”) perdu au milieu de la pampa, d’où partent les excursions pour les parcs nationaux Ischigualasto et Talampaya.

 

San Agustin de Valle Fértil 1

 

À “Valle Fértil”, comme disent les habitants pour abréger, la vie suit un cours tranquille, très tranquille : dans les rues, quelques chiens couchés font la sieste, des anciens sirotent leur maté assis à l’ombre des arbres, sur le seuil de leurs petites maisons colorées, des adolescents troublent parfois le silence en passant sur leurs motocyclettes vrombissantes, les petites épiceries sont ouvertes jusque tard dans la nuit, les ânes traversent la rue d’un pas nonchalant, les enfants se ruent au kiosque à bonbons à la sortie de l’école,

 

San Agustin de Valle Fértil 4

 

San Agustin de Valle Fértil 2

 

 

San Agustin de Valle Fértil 5

 

et, par endroits, des bouteilles d’eau sont laissées en offrande à la Difunta Correa[1].

 

San Agustin de Valle Fértil - Oferenda a la Difunta Correa

 

Un détail suscite ma curiosité :

 

San Agustin de Valle Fértil 6

 

tous les arbres du village sont peints, à la base, de trois bandes de couleur bleu ciel, blanc, et bleu ciel ; ce sont, m’explique-t-on, les couleurs du drapeau de la République Argentine, qui fête cette année son Bicentenaire ; de nombreuses et importantes festivités se préparent, et à Valle Fértil, on a peint les arbres aux couleurs de la Patrie.

 

Dans le seul et unique hostel de Valle Fértil, je fais la connaissance de “gringos” de toutes provenances (USA, Australie, Allemagne, Hollande, UK), auquel se joint également un sympathique Argentin originaire de Mar del Plata : étant tous ici pour la même excursion, nous finissons par former un groupe cosmopolite et solidaire, partageant repas et pic-nics, tournées de bière et fous rires, anecdotes de voyage et bons tuyaux, “english spoken, of course”. Et j’ai beau aimer voyager en solitaire (j’ai dû cette fois  laisser mon Passereau seul à Buenos Aires, concentré sur la rédaction de son mémoire de Master), je n’en suis pas moins ravie de trouver là un peu de compagnie !

 

 

 


[1] La Difunta Correa est un personnage mythique, qui fait l’objet d’un culte semi-païen en Argentine, au Chili et en Uruguay.

Deolinda Correa, mariée à Clemente Bustos, suivit son mari dans les guerres civiles qui divisaient l’Argentine au milieu du XIXè siècle ; elle emportait avec elle quelques vivres, deux gourdes d’eau, et son nourrisson. Une fois ses provisions épuisées, elle se coucha à l’ombre d’un arbre, et mourut de soif, de faim et d’épuisement, seule dans le désert de la province de San Juan. Quand des muletiers trouvèrent son corps le lendemain, le nourrisson  accroché à son sein, tétait encore. On enterra Deolinda dans les environs, à Vallecito, où elle possède désormais un sanctuaire. Le sort de l’enfant diffère selon les versions de la légende : l’une dit qu’il décéda le lendemain et fut inhumé au côtés de sa mère ; une autre dit qu’il fut recueilli et élevé par une famille.

Peu après, des paysans commencèrent à venir se recueillir sur sa tombe et à lui attribuer des miracles. Le culte de la Difunta Correa se répandit parmi les muletiers, puis parmi les camionneurs, qui lui rendent hommage dans l’une des vingt chapelles du sanctuaire de Vallecito (où se rendent chaque année environ un million de personnes), mais surtout au bord des routes, dans d’humbles sanctuaires, où ils déposent des bouteilles d’eau afin, dit-on, d’apaiser la soif de la Difunta.

 

Par Passerelle - Publié dans : Voyages, voyages
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